TRANSITIONS/TRANSICIONES / commissaire :
/ Renee Baert
Une nouvelle exposition à Lima
Centro Cultural de la Pontificia Universidad Católica del Perú (PUCP)
Pérou — du 11 avril 2007 au 11 mai 2007

Transitions/Transiciones

Transitions explore le clivage des dimensions spatiales, temporelles et conceptuelles dans les œuvres interactives de cinq artistes canadiens. Ces multiples degrés de transpositions sont, dans de nombreux cas, réalisés grâce à des prouesses technologiques en nouveaux médias, et cela à un niveau d’innovation supérieur. Les transitions que les œuvres actionnent d’une situation, d’un état, d’un endroit, d’un moment, ou d’une action, à une autre, font partie intégrante de chaque investigation spécifique. À travers celles-ci, les artistes créent des objets et des situations qui suscitent des questions culturelles également stratifiées, riches de sens et d’implication.

Dans cette exposition, Ingrid Bachmann présente un assortiment de valises, chacune ouvrant sur un récit animé et singulier (The Portable Sublime) ; Steve Heimbecker présente une analogie visuelle des fluctuations ondulatoires du vent (POD) ; Valérie Lamontagne utilise des interfaces technologiques pour activer des robes inspirées d’un conte (Peau d’Âne) ; Éric Raymond réussit à dessiner des cartographies fictives grâce à des robots miniatures (Scribes) et David Rokeby crée un environnement de surveillance qui suit le visiteur dans l’espace d’exposition (Taken).

Un aspect du titre « Transitions », est le transit qu’opèrent les œuvres entre les différents espaces et géographies. Les valises, en tant que telles, conduisent ainsi à la mobilité et à la transposition. Dans les autres œuvres, les transpositions spatiales sont réalisées par des applications technologiques et par l’innovation : un champ de blé se retrouve métaphoriquement dans une galerie au Pérou ; des cartographies imaginaires proviennent de véritables géographies ; le groupe de spectateurs est transposé de sa position trois-dimensionnelle dans la galerie, vers une projection évanescente sur les murs.

Dans plusieurs œuvres, toutefois, le passage d’un état à l’autre est plus intangible – un élément invisible à l’œil dans son état naturel bien que toujours présent dans les œuvres : l’enregistrement visuel du vent sur un toit de Montréal ; l’interprétation matérielle de la lumière du soleil et des rayons de la lune ; des cartes issues d’ondes électromagnétiques.

La temporalité, également, subit des transitions et des transferts. Beaucoup d’œuvres utilisent des mécanismes d’enregistrement et de captation (vidéo, ordinateurs, senseurs, interfaces) comme éléments de structuration. Dans Taken de Rokeby, les actions générées « en direct » sont projetées en boucle, stratifiées, réitérées, pour ensuite s’estomper ; POD de Heimbecker transpose un espace balayé par le vent d’une nuit d’automne éphémère en 2005, en une interprétation plus vivante dans le présent ; Bachmann utilise les outils d’époques antérieures comme des nouvelles technologies contemporaines ; alors que Lamontagne, avec Peau d’Âne, un défi situé dans une fable du XVIIe siècle est transposé – et peut-être surpassé – dans le présent.

Le titre de l’exposition pourrait aussi suggérer des transpositions conceptuelles. Plusieurs valises de Bachmann ne transportent pas les effets personnels d’un voyageur, d’une place à une autre ; elles révèlent plutôt, lorsqu’elles sont ouvertes, qu’elles sont chacune, à sa façon, « le lieu » d’un monde imaginé. Le visiteur, dans l’installation de Rokeby, peut fluctuer radicalement entre l’action de l’attraction et celle du recul. Quant à l’installation de Heimbecker, elle opère à travers plusieurs transmetteurs conceptuels.

Les œuvres sont interactives de façons innombrables, lorsqu’elles répondent à un environnement naturel (POD, Peau d’Âne) ou sous l’influence du public (The Portable Sublime, Taken). Un élément d’interprétation est fréquemment en jeu : la robe Sun et la robe Moon de Peau d’Âne, présentées librement sur un support, peuvent aussi être vêtues ; les valises sont activées quand elles sont ouvertes, puis à nouveau fermées sur leurs mystères ; les actions du public génèrent les conditions propices à activer Taken ; les robots animent les dessins cartographiques de Scribes.

Le contexte cartographique renforce l'expérience des géographies et des lieux qui sont transposés dans ces œuvres : des émissions naturelles dans l'environnement immédiat sont éventuellement transposées dans un enregistrement cartographique par des robots ; les robes de Lamontagne présentent un type de cartographie météo tout en introduisant un paysage céleste ; Heimbecker « marque » le vent.

Les œuvres de Transitions transforment les familiarités de tous les jours – le vent, le ciel, le son, le mouvement et d’innombrables choses de notre monde matériel – en des portails de perceptions et d'expériences inattendues.

Renee Baert

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